Origines historiques de l’abbaye de Saint-Maurin

Entre le Xè siècle et le XIè siècle les terres et l’abbaye appartenaient à des laïcs, la famille de Gabarret puis par mariage à la famille de Durfort.

Bernard-Raymond de Durfort, en 1082, fait don de l’abbaye à l’abbé de Moissac comme l’atteste une charte inscrite au cartulaire de Cluny de 1115. Les moines sont donc des bénédictins de Cluny. Mais un premier indice montre qu’elle existait avant l’an mil car les rouleaux encycliques mortuaires de Catalogne, annonçant la mort de l’abbé de Ripoll en 1008, portaient le titre de SN Maurino Agenense.

Pourquoi une abbaye aussi importante non loin d’Agen ?

L’abbaye de Saint-Maurin perpétue la vénération d’une victime de la foi ! Maurin qui aurait vécu sa courte vie au VIè siècle, chrétien d’origine gallo-romaine, lévite, subit le martyre près d’une fontaine aux confins de l’Agenais et du Cahorsin. Cette mort édifiante et les miracles qui suivirent inspirent l’établissement d’un culte, la construction d’une basilique qu’un monastère remplacera.

Cette histoire-légende est relatée dans un manuscrit du XIè siècle, le BN.Lat17002.

charte de donation

Inscription lapidaire

Au XIè siècle, la première partie construite ou reconstruite fut le bras sud du transept flanqué d’une chapelle en hémicycle dédiée à saint Benoît. Il reçut sa dédicace le 3 janvier 1097 comme l’atteste une exceptionnelle inscription lapidaire toujours en place sur un des murs.

Le clocher fut élevé en même temps que le croisillon sud puisqu’il est au-dessus. Figure que l’on retrouve dans un des transepts de l’immense église  de Cluny.

Le clocher

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Au XIIè siècle, la construction du chœur et du transept nord furent lancés, la construction de la nef suivra.

Certains chapiteaux du chœur illustrent la vie de saint Maurin, ils sont exceptionnels et remarquables par la finesse du trait, leurs proportions, la gravité des visages et la retenue des attitudes. Ils sont classés parmi les plus beaux d’Aquitaine !

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La nef unique construite ensuite et, malheureusement détruite volontairement à la Révolution, était peut-être « à file de coupoles » comme certains arrachements peuvent le laisser penser. D’autres églises, non loin, sont à files de coupoles, comme Périgueux, Cahors et Souillac. Mais c’est le Mauriste Dom du Laura qui en fait en 1676 la meilleure description dans son relevé le, Chronicon monasterii Sancti Maurini, doc. BNF.Lat 12829.

C’est aussi à cette époque, début du XIIè siècle, que furent composés, peut-être, au scriptorium de l’abbaye, des chants de processions liturgiques propres à saint Maurin. Ils sont conservés à la bibliothèque nationale sous la cote, BN.Lat 2819.  L’association les a fait étudier afin de créer un spectacle commémorant les 900 ans de la consécration de l’abbaye, en 1997.

A cette occasion le processional fut édité pour la première fois dans une brochure parue en 1997 qui regroupe également le manuscrit BN.Lat17002, sous le titre : Que vive la mémoire, la légende et les chants de processions. (disponible auprès de l’association).

Abbaye de Saint-Maurin (façade nord)

Le cloître, au nord de la nef, construit au XIIè et XIIIè siècle ainsi que les bâtiments qui le bordent furent tous largement détruits à plusieurs reprises par la guerre de cent ans et reconstruits un peu différemment.

Il faut savoir « lire »   les pierres pour comprendre toutes ces imbrications. C’est ce qu’a fait Christian Corvisier, docteur en archéologie médiévale de l’Université Paris 1, dans un ouvrage paru en 2002 intitulé : Abbaye de Saint-Maurin, Histoire de l’architecture. (disponible auprès de l’association).

C’est pendant les XIIè et XIIIè siècles que se forma petit à petit le village de Saint-Maurin autour de son monastère. Dans un premier temps à l’intérieur de l’enceinte puis à l’extérieur. Le domaine de l’abbaye devenu très prospère au XIIIè siècle, englobait vingt cinq cures et chapelles dans les diocèses d’Agen et de Cahors. A cette époque  l’abbé se sépara de la tutelle de Moissac et  reprit son indépendance dans la gestion de l’abbaye qui restait bien-sûr clunisienne. Une douzaine de moines plus l’abbé y vivaient à ce moment là. Mais il y  eut jusqu’à vingt cinq moines en 1324.

Pendant la guerre de cent ans l’abbaye subit le sort de la plupart de ses sœurs. En 1345,  le comte de Derby  la pilla et ne la quitta qu’après l’avoir saignée à blanc. Puis, en 1355, le Prince Noir déferla sur le village, brûla tout, même l’église paroissiale…Il ne resta que quatre moines sur dix-sept, et l’abbé.

L’abbaye et le village végétèrent pendant près d’un siècle. Puis la vie reprit peu à peu.

Le cloître

La chapelle privée

 A la fin du XVè siècle l’abbaye tomba en commende au profit de la famille de Lustrac. La commende permettait des campagnes de reconstructions ambitieuses, privilégiant le prestige personnel et le confort de l’abbé. 

Trois membres de la famille de Lustrac se succédèrent :  le premier, Herman se démit assez vite au profit de son neveu, Bertrand âgé d’à peine 16 ans en 1481. Sous son abbatiat fut construit en 1500, le château ou logis abbatial de style gothique tardif. Ce château, aux salles très vastes, aux magnifiques cheminées de pierre taillées et sculptées, doté d’une chapelle privée entièrement peinte, devait être très agréable à vivre. Bertrand y mourut le 27 avril 1511 et fut inhumé dans le chœur de l’église abbatial.  Il était également évêque de Lectoure, mais  préférait l’abbaye de Saint-Maurin.

Un autre neveu, Jean de Lustrac, lui succéda, il fit restaurer le cloître, la salle capitulaire, les cellules des religieux dans l’aile nord terminée par une tour carrée. Ces constructions furent achevées en 1545.

Hélas ! Pendant les guerres de religions l’abbaye fut de nouveau saccagée et brûlée.

De 1561 à 1580 il y eut beaucoup de souffrance car beaucoup de pillages et de crimes furent commis par des bandes locales. Trois ou quatre moines se terrèrent dans des recoins du monastère.

Il fallut attendre l’arrivée de l’abbé Pierre de Villemont  en 1604 qui restaura l’abbaye.

La prospérité semblait revenue en 1624.

Son successeur, l’abbé Mathurin Mangot, introduisit la réforme de Saint Maur en 1645.  Dom  du Laura, mauriste,  reconstitua l’histoire de l’abbaye avec un nombre important de détails, et Dom Plouvier en dressa les plans en 1657.  Ces documents sont fort précieux. On les retrouve en partie dans l’ouvrage de Christian Corvisier, cité plus haut.

Tourelle défensive

Les jardins, la clôture, les tourelles défensives, dont une seule subsiste, le vivier, et d’autres aménagements concernant  le mobilier de l’église abbatiale, furent réalisés à la fin du XVIIè  siècle.

Les troubles révolutionnaires commencèrent dans le village le 6 février 1790. Ils n’épargnèrent pas l’abbaye !

 Le château abbatial acheté par la municipalité fut en partie conservé. Quelques familles acquirent les bâtiments des religieux, le chœur, l’abside et les absidioles des transepts furent transformés en habitations, les murs de la nef furent minés pour en venir à bout. Tout fut vendu comme carrière de pierres.

Malgré tous ces désastres,  l’abbaye  n’a pas connu de reconstruction brutale, surtout au XVIIIè siècle. Elle est encore présente pour l’essentiel sur toute l’emprise de son enceinte primitive.

On peut espérer qu’avec la campagne de restauration qui est commencée, nous pourrons voir  « sortir des ruines » ces bâtiments chargés de souvenirs qui attiseront notre émotion patrimoniale.